Le rapport du PNDS piétine sur les questions urgentes qui fâchent !

1) Le maintien (suite à un courrier «secret» de la SPILF adressé in extrémis à la HAS) des recommandations pourtant complètement obsolètes de 2006 a de quoi exaspérer : le CNR des Borrelia persiste dans ses directives : «le dépistage par une technique immuno-enzymatique (Elisa) dans un premier temps, et en cas de positivité ou de doute, la confirmation diagnostique par une technique par immuno-empreinte (Western-Blot) dont la spécificité est meilleure ». Ce protocole prive les malades, dans la plupart des cas, de la reconnaissance de leur pathologie ! 

2) Concernant les tests Elisa, les seuils de positivité sont arbitrairement élevés, ce qui entraine des faux négatifs, l’existence de réactions croisées avec d’autres facteurs entraine des faux positifs, et cela dans 70% des cas ! (voir le rapport du HCSP sur la non fiabilité des tests de dépistage Elisa). Le patient n’est donc pas diagnostiqué et subi l’errance médicale. Pourquoi ne s’inspire-t-on pas des «recommandations allemandes (qui) préconisent l’usage du WB en première intention en association avec l’Elisa… afin d’éviter les faux négatifs de l’Elisa» ? 

3) De plus, une meilleure utilisation et interprétation des tests de dépistage et de confirmation permettrait d’éviter la «subjectivité de l’interprétation des bandes de WB opérateur-dépendant et absence de critère d’évaluation bien défini ». Cette mission incombe à l’ANSM et au CNR des Borrelia de Strasbourg. Or, ces organismes «référents» font une formation très contestable aussi bien auprès des médecins que des biologistes (voir CQ 2014 ci-dessous). Ils affirment que «Le suivi sérologique des patients n’a …pas d’intérêt et le suivi doit rester clinique »  tout en prétendant que les tests Elisa sont fiables à 100%, incitant à faire appel le moins possible au «Western-Blot dont la spécificité est (pourtant) meilleure ». Ces déclarations contradictoires décrédibilisent le CNR et la majorité des biologistes de France. Ces incohérences incitent les médecins à renoncer à la biologie en tant qu’aide au diagnostic, face à des symptômes cliniques souvent extrêmement complexes, et obligent certains malades à s’adresser aux Laboratoires de Biologie Médicale allemands.

4) La FFMVT affirme que «les IgM peuvent rester présentes dans les formes persistantes de la maladie ». En se référant à de nombreuses publications scientifiques internationales, et après un suivi de milliers de dossiers mettant en corrélation les résultats des sérologies WB et les symptômes cliniques, nous avons pu constater que la présence d’anticorps IgM indique non seulement une infection récente, mais aussi une infection persistante active et/ ou réactivée, ce qui contredit l’affirmation du CNR selon laquelle « les sensibilités et spécificités satisfaisantes de ces tests …ne renseignent pas sur le caractère actif ou non de l’infection ».  

5) Par ailleurs, le Test de Transformation Lymphocytaire est recommandé en Allemagne, pas en France, alors que ce test explore la réponse cellulaire de l’immunité , et permet de vérifier qu’une infection est active ou que le traitement du patient a été efficace. « Seules les recommandations allemandes de la Deutsche Borreliose-Gesellschaft proposent l’utilisation de ce test pour rechercher une infection active dans les cas douteux de Borreliose de Lyme tardive ou de suspicion de réinfection, ou bien pour confirmer la guérison… ». 

6) Enfin, refuser de reconnaitre la «chronicité» de la borréliose de Lyme, tout en admettant l’existence de « la borréliose disséminée tardive et du syndrome persistant post piqure de tique (SPPT) »  est une aberration ! Le simple constat de la présence de Borrélies mobiles dans l’organisme, ou de «variants morphologiques de Borrelia » « possiblement responsables d’une chronicité de la borréliose de Lyme » à la suite d’un traitement antibiotique, est un aveu de la réalité du Lyme chronique. La présence de spirochètes vivants malgré un traitement approprié de l’infection n’est cependant pas reconnue par les Centres Hospitaliers qui vont prendre les patients en charge lors de consultations «spécialisées Lyme». Si le médecin de terrain perd une grande partie de ses prérogatives, que vont devenir les milliers de malades dont le Lyme chronique est une évidence vécue si douloureusement ?  

Remarque sur le CQ 2014 : en novembre 2014 le CNR des Borrelia de Strasbourg est chargé de corriger un résultat de Contrôle de Qualité inter-laboratoire (CQ diligenté par l’ANSM). Le WB de l’échantillon L3 est décrété «faux positif » , alors qu’il est en réalité «positif » sans aucune ambiguïté, puisque la réaction antigène-anticorps OspC-IgM est positive et notée 8 points c’est-à-dire supérieure au seuil de positivité(6 pts).Prétendre qu’il s’agit d’«un faux positif » sous le prétexte que le test de dépistage ELISA est négatif en IgM (celui-ci étant peu spécifique) est une grave erreur qui constitue une désinformation flagrante des biologistes. Cette erreur sera répercutée sur l’attitude des médecins, et la prise en charge des malades qui feront de l’errance médicale faute de diagnostic.

Viviane SCHALLER

Vice-présidente de LSF représentant le monde médical et scientifique

Pharmacien Biologiiste

Lyme Sans Frontières Strasbourg, le 06 juillet 2018. 

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