7 mai 2018 0 273 Vues

Maladie de Lyme : la polémique, poison pour la prise en charge des patients ?

Paris, le jeudi 26 avril 2018 – La maladie de Lyme est inscrite au tableau 5 bis des maladies professionnelles au titre du régime agricole depuis 1999. Les personnes effectuant des travaux « exposant à la bactérie infestant des hôtes vecteurs (tiques du genre Ixodes) ou des hôtes réservoir (vertébrés sauvages ou domestiques) et effectués sur toute zone présentant un couvert végétal telle que forêt, bois, bocage, steppe ou lande » et toutes celles réalisant des « travaux de soins aux animaux vertébrés » sont considérés comme à risque. Ainsi, chaque année, la borréliose de Lyme est reconnue comme maladie professionnelle : selon la Mutualité sociale agricole (MSA), on recense entre trente à quarante reconnaissances par le régime agricole, auxquels s’ajoutent un à dix reconnaissances par le régime général.

Sujet à haut risque

Aussi, la décision, qui vient d’être prononcée par le tribunal des affaires de Sécurité sociale de Guéret en faveur d’Eric Oden, n’est pas une première, contrairement à ce que certains médias ont laissé entendre. Il faut dire que la situation d’Eric Oden, telle qu’elle est décrite par différents journaux et par son avocat, fait de lui un sujet à risque “idéal”. Eric Oden est en effet technicien de forêt, mission qui le conduit à être régulièrement en contact avec des animaux infestés de tiques. L’homme de 40 ans exerce par ailleurs dans la région (le Limousin) qui concentre, après l’Alsace, la plus grande population de tiques en France. Dès lors, il paraissait particulièrement exposé au risque d’être infecté par une borréliose, risque dont il a d’ailleurs été informé par ses responsables.

Un traitement antibiotique classique et efficace – mais un risque non éliminé

Les manifestations décrites et le parcours médical du forestier sont également en faveur d’un diagnostic de maladie de Lyme. En 2014, se plaignant de douleurs articulaires persistantes, il consulte. Si un premier test Elisa se révèle négatif et retarde la prise en charge, un test western blot mené en seconde intention confirme la présence d’IgM anti-Borrelia burgdorferi. Un traitement antibiotique de trois semaines lui est administré qui permet une amélioration réelle et rapide des symptômes. « Au bout de quatre, cinq jours, je revis, je me sens sauvé », décrit ainsi Eric Oden cité par le quotidien La Montagne. Cependant, le patient présentera d’autres épisodes, probablement, selon son médecin traitant, en raison de nouvelles morsures de tiques.

Un militantisme contre-productif ?

Souhaitant faire reconnaître le caractère professionnel de sa maladie par la MSA, Eric Oden n’a pas obtenu gain de cause auprès de cette dernière. Son recours devant le TASS lui a permis de faire valoir ses droits. Comment expliquer la réticence de la MSA ? Il n’est pas impossible que les polémiques actuelles autour de formes différentes de la maladie de Lyme, associées à des symptômes non listés, formes et symptômes qui ne sont pas l’objet pour l’heure de données confirmées par la science, aient pu contribuer au refus (éventuellement crispé) de la MSA. De fait, dans leur présentation du cas, aux apparences pourtant classiques et effectivement évocatrices d’une maladie de Lyme, Eric Oden et son avocat surfent sur les polémiques pseudo-scientifiques actuelles. Ayant ainsi parfois tendance à insister sur des symptômes non spécifiques (et potentiellement non associés à ses infections par Borrelia), Eric Oden argumente par ailleurs : « L’objectif est de montrer que la maladie chronique existe. Il faut qu’on évolue sur la prise en charge en France. Ça devient catastrophique. Des dizaines et des dizaines de personnes m’appellent, complètement démunies. Par exemple, des parents dont les enfants ont 15 ans et ne peuvent plus se déplacer. Il faut changer les choses » explique-t-il cité par La Montagne. « La Mutualité sociale agricole reconnaît la maladie de Lyme comme maladie professionnelle depuis 1999 mais le tableau des symptômes n’est pas à jour » renchérit encore maître Jean-François Dubois cité par Le Populaire du Centre. Peut-on imaginer que ces accents militants aient pu susciter quelques réticences de la part de la MSA à accorder son indemnisation dans un cas où l’historique du patient et la plupart des manifestations cliniques concordaient pourtant avec la présentation habituelle de la maladie de Lyme ? Ne serait-il pas plus opérant pour le forestier de se battre pour une meilleure protection des travailleurs très exposés, afin d’éviter les infections à répétition ? La polémique empoisonnera-t-elle la prise en charge des malades ?

Aurélie Haroche

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